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Minsk

Publié le par Sylvie Méheut

L'hiver en sa décrue aura lavé la ville
Et nous retrouverons de Minsk la beauté
Le soir dessus les ponts se pendra volubile
Sur le grand portulan nous jetterons nos clés
       
Où irons-nous Amour dans la nuit filandière
Vers quels équinoxes nos regards affûtés
S'iriseront ainsi que mille planisphères sur l'amande des blés ?

Nous savons de l'autel des vents si peu de choses
Et de l'auspice ardent l'incandescente allée
Qui nous conduit déjà où s'entrouvrent les roses
Plus près du Gorky Park que de l'éternité

Tu sais les bastingages des bateaux du dimanche
Plus souples que la brise au collier du matin
Si nous tombions à l'eau le soleil sur sa branche
Nous tendrait ses festons de nacre et de satin  
                                        
Il est déjà midi et la vie s'impatiente
Au jardin botanique le printemps s'en revient
Sur les plus hautes cimes entends tinter la chance
La belle chance vive aux ailerons d'airain !

Ah les beaux jours de Minsk quand avril carillonne 
Laissant aux promeneurs des baldaquins soyeux
Des wagons si fleuris que l'amour s'y repose dans un long couffin bleu !

En attendant fiévreux que demain nous entraîne
Nous rêvons à la lampe dans le soir éperdu
Des hordes de frissons effeuillent les persiennes
Saint-Siméon s'endort tel un enfant fourbu

L'hiver en sa décrue aura lavé la plaine
Faut-il vraiment Amour que la nuit nous reprenne ? 

 

Sylvie Méheut

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Qui règne sur le seuil ?

Publié le par Sylvie Méheut

Toi qui sais le silence et ses modulations

Le chant du rossignol et l’arpège à sa source

La contention des voix buissonnant sous la mousse

Quand nous passons là-bas le gué de Pontorson

 

La lune va sublimant le plastron des nuages

Et la ligne écumeuse auréole le Mont

Le blason des étais poinçonne le rivage

L'étiage n'est qu'un leurre au bras de Saint-Coulomb

 

Qui règne sur le seuil et sur nos indigences

Est-ce la voix des aulnes qui charpente le vent

Où le cri cérusé de l’hiver en partance

 

Où les pas pèlerins qui suavement s’élancent

Laissant dans leur filet les doigts bleus de l'estran

Et les frondaisons d’or du verger de l'enfance

 

 

Sylvie Méheut

 

 

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Le jardin des Hespérides (fantaisie)

Publié le par Sylvie Méheut

Nicolas Poussin

Nicolas Poussin

C’est au jardin des Hespérides

O mirabilis

O ferveur

Que la martingale des heures

Se consumait vaille que vivre

 

Nous étions là plus apatrides

Que les nuages au front des cieux

Faméliques aranéides

Tissant dans le vent capiteux

D'étranges sonnets insipides

 

C’est au jardin des Hespérides

O volubilis

O splendeur

Que l’amour en sa thébaïde

Déflorait d’une aile aramide

Les renoncules de nos cœurs

 

O qu’Atlas en sa mansuétude

Nous délivre de la noirceur

Dans le jardin des Hespérides

O mirabilis

O bonheur

 

O candeur de l'amaryllis

 

 

 

Sylvie Méheut

 

 

 

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Ouessant

Publié le par Sylvie Méheut

Lorsque le soir s’éprend de la mansarde grise

Ton regard et l’étoile ont des reflets troublants

À la lampe déjà le silence se grise

Le ciel s’épanche nu sur l’écume des vents

 

Oh ce n’est qu’un soupir, une faille, une trêve

Ce trois fois rien de nous dans la nasse du temps

J’entends déjà ta voix qui s’adosse aux falaises

Là-bas le sémaphore embrase les brisants

 

Oh ce n’est qu’un mirage, une ondine légère

Qui traverse l'hiver dans le jour finissant

Vois ce ruban nacré comme un doux sortilège

Il annonce déjà le retour du printemps

 

Ta main de chèvrefeuille embaume les nuages

Nous partons à la nuit escorter l’océan

Cent mille galaxies en guise en guise d’héritage

Nous voici seuls au monde à l’assaut de Ouessant

 

 

Sylvie Méheut,

Enez Eusea, janvier 2018.

 

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Nos jeunes hivers

Publié le par Sylvie Méheut

 

 

 

Tu ne m’as jamais rien refusé

Pas même l’écorce échancrée de ton regard 

Pas même les premiers grains de l’aurore quand nous divaguons enlacés à la rencontre de notre amour

Pas même, offrande suprême, les papillonnements exaltés du soir quand nous nous emparons l’un de l’autre sous les lanternes d’un nouveau monde

J’ai su en te croisant que le lieu de ton corps serait mon ultime héritage

Que tes lèvres ourleraient dans la nuit la plus infime de mes défaillances

Que je n’aurais plus jamais peur dans les ravines du silence

Ni en haute mer

Ni dans le creux de ma mémoire

Ni dans les sillons de l’absence

 

Je ne t’ai jamais rien refusé

Pas même ces vers insensés qui escortent ta solitude quand les mots viennent à faillir, là-bas face à la mer

Pas même le crépitement de mes pensées sur l’essaim tiède de tes hanches

Pas même la clé de cette grange antique où dorment mes gisants

J’ai su en te croisant que le lieu de ta joie serait mon ultime passage

Qu’il me faudrait ôter une à une les écailles qui encombraient mon seuil

et m’abandonner à l’étreinte si tendre de nos jeunes hivers

 

 

Sylvie Méheut 

 

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L'étoilé

Publié le par Sylvie Méheut

Il te fallut cent fois périr sous les décombres

Et cent fois refleurir sous les derniers soleils

D’aucuns te pensant mort ont dérobé ton ombre

Tandis que je veillais pâle sur ton sommeil

 

Tantôt tu m’apparus éclaboussé de gloire

Tantôt tu pris la route pour d'autres horizons

Allégoriquement tu fus le plus notoire

De ceux qui ont franchi le seuil de ma raison

 

Plus probe que Jacob sous l’échelle de Dieu

Plus téméraire encor que le vent sur la voile

Qui emporte l’Argo sous la voûte des cieux

 

Tu me reviens parfois auréolé d'opale

Quand le néant s’éprend de la prée endormie

Et que la Toison d’or ravive ton étoile

 

 

Sylvie Méheut

 

 

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Un matin de clapot

Publié le par Sylvie Méheut

C’était un matin glabre

À l'orée du silence

Et ton cœur sous mes lèvres

Avait le goût du sel

Que l’on cueille éperdu

Quand revient le jusant

Exhumant l’arc-en-ciel

 

Dehors sifflait le vent

Et valsaient les atomes

Les palmes et les passants

Sur la route tanguaient

Dans le ciel esbaudi

Les nuages s’allaient

Froisser de leurs doigts gourds

Les néons de l'automne

 

C’était un matin glabre

Un matin de clapot

Et ton coeur sous mes doigts

Avait le goût du Tendre

Et ma chair à tes lèvres

Avait le goût des flots

 

C'était un matin glabre

À l'orée de décembre

C'était un matin glabre

Un matin de clapot

 

 

Sylvie Méheut

 

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Le baiser du silence

Publié le par Sylvie Méheut

Gustave Le Gray, Le soleil couronné

Gustave Le Gray, Le soleil couronné

Par ma foi

Par tes flots

Par le calame d’or anoblissant les eaux

Par la bouche du vent caressant le sureau

Par la musique nue revenue du Mystère

Par le feston de feu d’où jaillissent les mots

 

Par les voix de naguère exultant dans le soir

Par l’aube qui s’élève et la nuit qui s’égare

Par le roucoulement des gorges éphémères

Par le chant indigent des damnés de la terre

 

Par la chance

Par la joie

Par ce qui fait que tu es là et que je t’aime

Et qu’il nous faut si peu dans ce monde insensé

Pour bercer l’espérance

 

Par ta foi

Par mes flots

Par le calame d’or dessinant sur ta peau

Le baiser du silence

 

 

 

Sylvie Méheut

 

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Promenade du Clair de lune

Publié le par Sylvie Méheut

Marie Détrée

Marie Détrée

 

Voici sur le lilas fleurir l’aube timide

Et sur l’aubépinier la larme qui demain

Offrira au jardin sa couronne candide

Et au ciel étoilé une trame d’étain

 

Dans la marge du temps j’ajuste ma mémoire

Et toi que je chéris tu m’apparais nouveau

Toi tout assermenté d’une impassible gloire

Toi et ta grâce offerte au chant des quatre vaux

 

Ta main de mai, dis-moi, esquisse-t-elle encore

Sur le grand chevalet de la Pointe d’Amour

Des villas délétères aux jupons de phosphore

Qui regardent Cézembre horizonner le jour

 

Le liseré du soir se penche sur la mer

Le jardin alangui qui rêvait au printemps

S’accroche à sa falaise qui régate alifère

Sous les cliquetis d’or de la nuit qui se tend

 

Dans la marge du temps j’ajuste ma mémoire

Et toi que je chéris me viendras-tu demain

Toi tout assermenté d’une invincible gloire

Entre le myosotis et l’auvent byzantin

 

 

Sylvie Méheut

Extrait du recueil Le cercle de l'aurore, Monde en poésie éditions.

 

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Dors

Publié le par Sylvie Méheut

 

Dors

De ton sommeil d'argile et de faïence

 

Dors

Plus près de moi encore

Au ras de ton enfance

 

Dors

Sur les lèvres d'avril

Sur le limon des prés

Sur le vermillon fou des vestiges du temps

 

Dors

Au grand soleil de ma maison

 

Dors

La mer au loin roucoule

Et le vent s'émerveille

 

Dors

Que j'entende encore le chant de ta mémoire

Et l'écho flamboyant des heures accomplies

 

Dors

Il n'est plus grand bonheur que de voguer ainsi

Lorsque chante le ciel sous la charpente éprise

Et que la mer au loin fanfaronne si grise

En remorquant nos pas

 

Dors

Puisque je veille

Et qu'il n'est de sentence

Au chevet de l'émoi

 

Dors au seuil de ma joie

 

 

Sylvie Méheut

Extrait du recueil Le cercle de l'aurore, Monde en poésie éditions.

 

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