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Naissance du vertige

Publié le par Sylvie Méheut

 

 

Ô ventre moissonneur

Églantine de sang

La pulpe du matin sur la grève cressonne

Et la brume au lointain farouchement siphonne

Au seuil des laminaires la coiffe des brisants

 

Les îles s’alanguissent

Les corps en font autant

L’amour suspend l’esquisse des gestes ancillaires

Ô ventre moissonneur de granit et de lierre

 

Dans l’antrière bleue les mots roulent celtiques

Ô ventre moissonneur

Offre-moi la rythmique

Le lent crépitement des fenaisons de feu

Où suinte singulière la sève liturgique

La lave du jusant

La caresse des dieux

 

Puis, surnaturellement

Dans un jet de silice

L’effleurement des âmes

 

Sur un lit d’outre-cieux

 

 

Sylvie Méheut

 

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IN FINE

Publié le par Sylvie Méheut

Soy el Albatros que te espera en el final del mundo

Sara Vial

 

Quand je ne serai plus que l'aube de moi-même
Et que toi mon ardent tu pleureras mes jours
Comme pleure la mer en enlaçant la plaine
De ses bras ensablés où s'enlise l'amour

Quand je ne serai plus que l'écho du silence
Et que toi mon ardent tu chanteras mes jours
Comme chante la mer quand le vent ensemence
Les quatre voies nacrées du voyage au long cours

Quand je ne serai plus que l'idée de moi-même
Et que toi mon ardent tu penseras mes jours
Comme pense la mer aux longs sanglots d'ébène
Lorsque la nuit distraite enfante son retour

Je serai le sais-tu ta douce démesure
Cet indolent frisson que le vent mènera
Au parvis siliceux d'une aurore si pure
Où notre amour enfoui à jamais fleurira

 

Sylvie Méheut

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Impressions du soir

Publié le par Sylvie Méheut

Impressions du soir

La palette du soir embaume le jardin

Le préau se prélasse et une lune tendre tend son catogan d’or aux forges de Vulcain

Demain s’en reviendra tanguer sur les ardoises

Demain s’en reviendra comme s’en vient demain, corroyant l’Orient et remembrant l’armoise de son stylet d’étain

 

Sur nos fronts de faïence, le silence s’appose et carambolent roses les virgules du temps

Vois cet instant fugace où le voile se tend

Ce souffle sur la mer comme un affleurement, il semble désigner des hyménées suprêmes où les âmes s’enchaînent inexorablement

 

Que vienne le Léthé lécher nos veines folles et que nous y trempions nos regards bleu turquin

Et qu’un prime soleil lisse de sa couronne la toge du chemin !

 

Mais sur les cannelures orangées des lucarnes, déjà la nuit s’ébroue, noire de vacuité

Nous rentrons à pas lents sous le préau d’opale, ivres d’éternité

 

 

Sylvie Méheut

 

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L'ébloui

Publié le par Sylvie Méheut

L'ébloui

Je ne sais d’ici que le lent ravitaillement des heures 
Et le chant incessant écharpant le silence
Je ne sais d’ici que l’ongle des sentiers qui écosse la plaine
Et la mer au lointain qui lisse ses bas bleus
La paresse des îles
Le rouet de tes yeux
L’indolence des palmes
L’insolence des cieux

Tu es cet ébloui revenu du silence
Tu es ce murmuré dans le soir silicieux
Tu as repris l’espace comme on reprend la chance
Avec au cœur l’espoir d’un ultime voyage
Tu es cet ébloui qui se joue des naufrages

Tu me l’avais promis
Le bonheur s’est posé

Le bonheur s’est posé
Comme une sentinelle
Il a franchi le gué
Il a passé le feu
Et retroussé là-bas l’étang aux tourterelles

Les jours sont devenus patients

Dans son écrin d’azur
La mémoire se prélasse 
Pas un souffle de vent 
Aux jupes des terrasses
J’entends battre ton cœur
Au poignet du printemps

Je ne sais d’ici que le lent ravitaillement des heures
Je vis à quelques pas du silence

Juste à hauteur d’oiseau

 

Sylvie Méheut 

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Le ciel consent toujours

Publié le par Sylvie Méheut

Pierre-Auguste Cot, La Tempête

Pierre-Auguste Cot, La Tempête

Le ciel consent toujours mon Amour

Il s’échevelle au vent

Comme la loge d’espérance

À la poupe du Saint-Géran

 

Juste avant l’orage mon Amour

Juste avant la somme de tous les naufrages

 

Je sais des cieux immémoriaux

Ravinés d’acanthes et d’écume

L’œilleton nacré de la lune

Remorquant de sombres vaisseaux

 

Je sais le sein de Virginie

Ceint d’un passement de lumière

L’Île d’Ambre implorant la mer

Arc-boutée sur l’infini

 

Je sais le sel de l’agonie

Délivrant les lèvres vermeilles

Quand l’inventaire vire à l’oubli

Sous l’estocade du soleil

 

Juste après l’orage mon Amour

Juste après l'ultime recours

 

 

Sylvie Méheut

 

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La Ria

Publié le par Sylvie Méheut

La Ria

La Ria souriait et scandait nos seize ans

Seize ans ! L’éternité glissait entre les trembles

Et nous nous ne redoutions ni le Temps ni le Tendre

Quand l’aiguillon de mai fanfaronnait au vent

 

Et nous allions ainsi frayant le soir naissant

Toi et moi réunis au sein de la mesure

Toi plus échevelé qu’une grappe d’azur

Moi plus frivole encor que l’axe du printemps

 

Des cabochons de feu émaciaient les nuages

La Ria s’exaltait entraînant vers la mer

Le fuselage d’or des frondaisons sauvages

 

Et nous la regardions déployer ses mirages

Quand sur nos cœurs nubiles se posa l’éphémère 

La feuillée s’écarta sépulcrale et volage

 

Seize ans ! L’éternité émaciait les nuages

 

 

 

Sylvie Méheut

 

 

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Les oliviers

Publié le par Sylvie Méheut

Tipasa © Cyril Preiss

Tipasa © Cyril Preiss

Où sont les oliviers
Et les oranges amères
Ces fruits à peine écrits
Dans nos ivresses bleues

Où sont nos rêves roux
Et ces voix éphémères
Qu’un blanc soleil salin
Exilait en tes yeux

Où sont ces heures vives
Dérobées au silence
Où sont nos cœurs émus
D’avoir tenu le jour

Où sont nos villes folles
Nos déserts en partance
L’été et son scalpel
La mer
Le vent
L’amour

Où sont les oliviers
Et les oranges amères
Où sont les oliviers
Les oliviers frondeurs

Où sont les oliviers
Les oliviers, mon frère

Ils sont là
Secourables
Au cadran de nos coeurs


Sylvie Méheut 

 

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Minsk

Publié le par Sylvie Méheut

Uladzimir

Uladzimir

L'hiver en sa décrue aura lavé la ville
Et nous retrouverons de Minsk la beauté
Le soir dessus les ponts se pendra volubile
Sur le grand portulan nous jetterons nos clés
       
Où irons-nous Amour dans la nuit filandière
Vers quels équinoxes nos regards affûtés
S'iriseront ainsi que mille planisphères sur l'amande des blés ?

Nous savons de l'autel des vents si peu de choses
Et de l'auspice ardent l'incandescente allée
Qui nous conduit déjà où s'entrouvrent les roses
Plus près du Gorky Park que de l'éternité

Tu sais les bastingages des bateaux du dimanche
Plus souples que la brise au collier du matin
Si nous tombions à l'eau le soleil sur sa branche
Nous tendrait ses festons de nacre et de satin  
                                        
Il est déjà midi et la vie s'impatiente
Au jardin botanique le printemps s'en revient
Sur les plus hautes cimes entends tinter la chance
La belle chance vive aux ailerons d'airain !

Ah les beaux jours de Minsk quand avril carillonne 
Laissant aux promeneurs des baldaquins soyeux
Des wagons si fleuris que l'amour s'y repose dans un long couffin bleu !

En attendant fiévreux que demain nous entraîne
Nous rêvons à la lampe dans le soir éperdu
Des hordes de frissons effeuillent les persiennes
Saint-Siméon s'endort tel un enfant fourbu

L'hiver en sa décrue aura lavé la plaine
Faut-il vraiment Amour que la nuit nous reprenne ? 

 

Sylvie Méheut

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Qui règne sur le seuil ?

Publié le par Sylvie Méheut

Qui règne sur le seuil ?

Toi qui sais le silence et ses modulations

Le chant du rossignol et l’arpège à sa source

La contention des voix buissonnant sous la mousse

Quand nous passons là-bas le gué de Pontorson

 

La lune va sublimant le plastron des nuages

Et la ligne écumeuse auréole le Mont

Le blason des étais poinçonne le rivage

L'étiage n'est qu'un leurre au bras de Saint-Coulomb

 

Qui règne sur le seuil et sur nos indigences

Est-ce la voix des aulnes qui charpente le vent

Où le cri cérusé de l’hiver en partance

 

Où les pas pèlerins qui suavement s’élancent

Laissant dans leur filet les doigts bleus de l'estran

Et les frondaisons d’or du verger de l'enfance

 

 

Sylvie Méheut

 

 

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Matin de neige

Publié le par Sylvie Méheut

 

 

Sous son châle d’aventurine

La terre a pâli ce matin

Blanche l’ornière santoline

Blanche la paume du chemin

 

Déjà plus rien ne s’achemine

Tout s’encorbelle et tout ondoie

Le châtelet se parchemine

Sous son étole de sainbois

 

L’enfance est là qui se décline

À l’espagnolette des vents

La Rance émulsifiée s’incline

Sous son masque de chambellan

 

Au loin le hameau s’illumine

À l’orée d’un soleil frondeur

Qui estampille entre les cimes

L’aigrette verte du bonheur

 

Sous son châle d’aventurine

La terre a pâli ce matin

Blanche l’ornière santoline

Blanche la paume du chemin

 

 

Sylvie Méheut

 

 

Publié dans Vagabondages

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