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L'abside d'un baiser

Publié le par Sylvie Méheut

Te suis-je redevable

Ô toi qui distilles

Sur le cadastre du soleil

Le souffle absinthe des métamorphoses ?

 

Toi dans le ciel couperosé

Moi dans l’abside d’un baiser 

 

Et sous le lilas primerose

Et sur la rose céladon

Le célébé de la raison

Se brise en mille éclats moroses

 

Quand un ruban de crépon rose

Archangéliquement dépose

Sur mes lèvres un sceau de rosée

 

 

Sylvie Méheut

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Sous un ciel bleu de méthylène

Publié le par Sylvie Méheut

© Eric Rechsteiner

 

 

Les plages brunes de la Caspienne gardent l’empreinte de tes pas

Sous un ciel bleu de méthylène

Ton ombre passe 

Ton ombre va

 

Guerrière d’opaline remorquant ses gisants

Je suis venue si tard au creux tes paupières

Sous les cymbales ocrées d’un soleil rugissant

Te retrouver enfin et boire à ta lumière

 

Et toi dans l’éphémère

Oui Toi !

Las de tes vieilles guerres

Plus solaire que le feu qui consume mon corps

Toi plus prompt que l’éclair

Plus avide que l’air

Terriblement vivant au royaume des morts

 

Tes visions me transpercent 

Le sceau de ton sourire s’appose sur mes lèvres

Et les mots qui me viennent s’érigent arborescents

Loin de mes vielles souches

Mes souches ordinaires 

Dont se moquent déjà les ormeaux turgescents 

 

Tu es venu si tard au creux de mes paupières

Il n’y a plus déjà ni distance ni bruit

Tu t’approches à pas lents

 

Que ton ombre est frugale !

 

Vois ces feux de Bengale qui jaillissent des criques

Comme autant de festons entraînant vers le ciel 

Les plages de Crimée 

Mes souches ordinaires

 

Et la timbale d’or d’un soleil prophétique

 

 

Sylvie Méheut

 

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Naissance du vertige

Publié le par Sylvie Méheut

Ô ventre moissonneur

Églantine de sang

La pulpe du matin sur la grève cressonne

Et la brume au lointain farouchement siphonne

Au seuil des laminaires la coiffe des brisants

 

Les îles s’alanguissent

Les corps en font autant

L’amour suspend l’esquisse des gestes ancillaires

Ô ventre moissonneur de granit et de lierre

 

Dans l’antrière bleue les mots roulent celtiques

Ô ventre moissonneur

Offre-moi la rythmique

Le lent crépitement des fenaisons de feu

Où suinte singulière la sève liturgique

La lave du jusant

La caresse des dieux

 

Puis, surnaturellement

Dans un jet de silice

L’effleurement des âmes

 

Sur un lit d’outre-cieux

 

 

Sylvie Méheut

 

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IN FINE

Publié le par Sylvie Méheut

Soy el Albatros que te espera en el final del mundo

Sara Vial

 

Quand je ne serai plus que l'aube de moi-même
Et que toi mon ardent tu pleureras mes jours
Comme pleure la mer en enlaçant la plaine
De ses bras ensablés où s'enlise l'amour

Quand je ne serai plus que l'écho du silence
Et que toi mon ardent tu chanteras mes jours
Comme chante la mer quand le vent ensemence
Les quatre voies nacrées du voyage au long cours

Quand je ne serai plus que l'idée de moi-même
Et que toi mon ardent tu penseras mes jours
Comme pense la mer aux longs sanglots d'ébène
Lorsque la nuit distraite enfante son retour

Je serai le sais-tu ta douce démesure
Cet indolent frisson que le vent mènera
Au parvis siliceux d'une aurore si pure
Où notre amour enfoui à jamais fleurira

 

Sylvie Méheut

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Impressions du soir

Publié le par Sylvie Méheut

La palette du soir embaume le jardin

Le préau se prélasse et une lune tendre tend son catogan d’or aux forges de Vulcain

Demain s’en reviendra tanguer sur les ardoises

Demain s’en reviendra comme s’en vient demain, corroyant l’Orient et remembrant l’armoise de son stylet d’étain

 

Sur nos fronts de faïence, le silence s’appose et carambolent roses les virgules du temps

Vois cet instant fugace où le voile se tend

Ce souffle sur la plaine comme un affleurement, il semble désigner des hyménées suprêmes où les âmes s’enchaînent inexorablement

 

Que vienne le Léthé lécher nos veines folles et que nous y trempions nos regards bleu turquin

Et qu’un prime soleil lisse de sa couronne la toge du chemin !

 

Mais sur les cannelures orangées des lucarnes, déjà la nuit s’ébroue, noire de vacuité

Nous rentrons à pas lents sous le préau d’opale, ivres d’éternité

 

 

Sylvie Méheut

 

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L'ébloui

Publié le par Sylvie Méheut

Je ne sais d’ici que le lent ravitaillement des heures 
Et le chant incessant écharpant le silence
Je ne sais d’ici que l’ongle des sentiers qui écosse la plaine
Et la mer au lointain qui lisse ses bas bleus
La paresse des îles
Le rouet de tes yeux
L’indolence des palmes
L’insolence des cieux

Tu es cet ébloui revenu du silence
Tu es ce murmuré dans le soir silicieux
Tu as repris l’espace comme on reprend la chance
Avec au cœur l’espoir d’un ultime voyage
Tu es cet ébloui qui se joue des naufrages

Tu me l’avais promis
Le bonheur s’est posé

Le bonheur s’est posé
Comme une sentinelle
Il a franchi le gué
Il a passé le feu
Et retroussé là-bas l’étang aux tourterelles

Les jours sont devenus patients

Dans son écrin d’azur
La mémoire se prélasse 
Pas un souffle de vent 
Aux jupes des terrasses
J’entends battre ton cœur
Au poignet du printemps

Je ne sais d’ici que le lent ravitaillement des heures
Je vis à quelques pas du silence

Juste à hauteur d’oiseau

 

Sylvie Méheut 

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Le ciel consent toujours

Publié le par Sylvie Méheut

Le ciel consent toujours mon Amour

Il s’échevelle au vent

Comme la loge d’espérance

À la poupe du Saint-Géran

 

Juste avant l’orage mon Amour

Juste avant la somme de tous les naufrages

 

Je sais des cieux immémoriaux

Ravinés d’acanthes et d’écume

L’œilleton nacré de la lune

Remorquant de sombres vaisseaux

 

Je sais le sein de Virginie

Ceint d’un passement de lumière

L’Île d’Ambre implorant la mer

Arc-boutée sur l’infini

 

Je sais le sel de l’agonie

Délivrant les lèvres vermeilles

Quand l’inventaire vire à l’oubli

Sous l’estocade du soleil

 

Juste après l’orage mon Amour

Juste après l'ultime recours

 

 

Sylvie Méheut

 

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La Ria

Publié le par Sylvie Méheut

La Ria souriait et scandait nos seize ans

Seize ans ! L’éternité glissait entre les trembles

Et nous nous ne redoutions ni le Temps ni le Tendre

Quand l’aiguillon de mai fanfaronnait au vent

 

Et nous allions ainsi frayant le soir naissant

Toi et moi réunis au sein de la mesure

Toi plus échevelé qu’une grappe d’azur

Moi plus frivole encor que l’axe du printemps

 

Des cabochons de feu émaciaient les nuages

La Ria s’exaltait entraînant vers la mer

Le fuselage d’or des frondaisons sauvages

 

Et nous la regardions déployer ses mirages

Quand sur nos cœurs nubiles se posa l’éphémère 

La feuillée s’écarta sépulcrale et volage

 

Seize ans ! L’éternité émaciait les nuages

 

 

 

Sylvie Méheut

 

 

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Les oliviers

Publié le par Sylvie Méheut

Tipasa © Cyril Preiss

Tipasa © Cyril Preiss

Où sont les oliviers
Et les oranges amères
Ces fruits à peine écrits
Dans nos ivresses bleues

Où sont nos rêves roux
Et ces voix éphémères
Qu’un blanc soleil salin
Exilait en tes yeux

Où sont ces heures vives
Dérobées au silence
Où sont nos cœurs émus
D’avoir tenu le jour

Où sont nos villes folles
Nos déserts en partance
L’été et son scalpel
La mer
Le vent
L’amour

Où sont les oliviers
Et les oranges amères
Où sont les oliviers
Les oliviers frondeurs

Où sont les oliviers
Les oliviers, mon frère

Ils sont là
Secourables
Au cadran de nos coeurs


Sylvie Méheut 

 

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Comme Héloïse au Paraclet

Publié le par Sylvie Méheut

 

Comme Héloïse au Paraclet

Je suis l’amante religieuse

Je suis le grain

Je suis l’ivraie

Je suis ton ombre vénéneuse

 

Je suis celle que l’amour étreint

Sur le blanc-seing des nébuleuses

La quintessence du matin

Le soir glissant sur la chartreuse

 

 

L’esprit du temps 

Le cœur des plaies

La canopée de l’espérance

La faim

Le feu

La transparence

Et chant double des futaies

 

Dans la clairière des errants

Mon âme vibre sans conscience

Tantôt je meurs

Tantôt je nais

Entre ma chair et ta présence

 

Je porte en son sein scarifié

L’écho vibrant de ta lumière

Comme Héloïse à la veillée

Je suis la sœur

Je suis la mère

L’abbesse au ventre de rosée

 

 

Sylvie Méheut

 

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