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Au creux de ta mémoire

Publié le par Sylvie Méheut

India Dream © Clo Hamelin

India Dream © Clo Hamelin

J’ai voyagé longtemps au creux de ta mémoire

Mon amour

J’ai navigué mille ans

Du portail antarctique 

Aux ombres granitiques des îles sous le vent

 

J’ai vu par ton regard

J’ai aimé par ta voix

Du Cap évanescent, l’impensable lumière

Des plaines de Crimée, la fourrageuse joie

Le charme singulier des matins albigeois

La vie qui s’évapore en grappes gemmifères

 

J’ai vu dans ton regard

J’ai aimé par ta voix

Des matins épicés, l’insondable mystère

Du berceau de percale, les élytres du temps

Les chants de Thessalie escortant le printemps

Un steamer sur le Nil, un soleil sur l’hiver

 

J’ai voyagé longtemps au creux de ta mémoire

Mon amour

J’ai navigué mille ans

Du portail antarctique 

Aux ombres granitiques des îles sous le vent

 

 

Sylvie Méheut

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Prédication

Publié le par Sylvie Méheut

Muette
Je me suis conçu des lèvres
Imperceptiblement
 
Aveugle
Je me suis inventé un regard adjacent
Délivrant ainsi les contraires
Et les livrant au feu
Sorcière n’exhumant que sa fièvre
Et le temps miséreux
 
La pensée qui portait
S’érige en abstinence
Et mes mots se font pieux
 
Les heures se dénudent
Aux fenêtres du temple
Le verbe gît sous toise
L’amour danse
Ailleurs Ailleurs Ailleurs
 
Le vin d’Iroise ne me réjouit plus
J’appréhende la méconnaissance et ses remous poisseux
Déjà je ne vais plus
J’avance
Longeant les murs des nuits poreuses
Aux instincts magnétiques
Aux lunes denses
Ces nuits-mêmes où tu allais si bleu
Ton printemps annoncé comme une transhumance
 
Muette
Je me suis conçu des lèvres
Imperceptiblement
Aveugle
Je me suis inventé un regard adjacent
 
Et c’est cet axiome rupestre
Qui te revient tremblant
En quête d’abnégation
De syntaxe
Et de vent

 

 

Sylvie Méheut

Extrait d’Immanences - Éditions Atlantica, 2010.

 

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Qu'importe

Publié le par Sylvie Méheut

Qu'importe


Qu'importe l'immanente lumière
Qui frappe la lucarne
Et ce goût de fougère
Qui roule sur les doigts

Qu'importe le matin clos
Et le soir qui s'ébat
Sur tes lèvres encloses

Si l'absence dépose
l'idée de ton regard

 

Sylvie Méheut 
 

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L'abside d'un baiser

Publié le par Sylvie Méheut

Te suis-je redevable

Ô toi qui distilles

Sur le cadastre du soleil

Le souffle absinthe des métamorphoses ?

 

Toi dans le ciel couperosé

Moi dans l’abside d’un baiser 

 

Et sous le lilas primerose

Et sur la rose céladon

Le célébé de la raison

Se brise en mille éclats moroses

 

Quand un ruban de crépon rose

Archangéliquement dépose

Sur mes lèvres un sceau de rosée

 

 

Sylvie Méheut

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Sous un ciel bleu de méthylène

Publié le par Sylvie Méheut

© Eric Rechsteiner

 

 

Les plages brunes de la Caspienne gardent l’empreinte de tes pas

Sous un ciel bleu de méthylène

Ton ombre passe 

Ton ombre va

 

Guerrière d’opaline remorquant ses gisants

Je suis venue si tard au creux tes paupières

Sous les cymbales ocrées d’un soleil rugissant

Te retrouver enfin et boire à ta lumière

 

Et toi dans l’éphémère

Oui Toi !

Las de tes vieilles guerres

Plus solaire que le feu qui consume mon corps

Toi plus prompt que l’éclair

Plus avide que l’air

Terriblement vivant au royaume des morts

 

Tes visions me transpercent 

Le sceau de ton sourire s’appose sur mes lèvres

Et les mots qui me viennent s’érigent arborescents

Loin de mes vielles souches

Mes souches ordinaires 

Dont se moquent déjà les ormeaux turgescents 

 

Tu es venu si tard au creux de mes paupières

Il n’y a plus déjà ni distance ni bruit

Tu t’approches à pas lents

 

Que ton ombre est frugale !

 

Vois ces feux de Bengale qui jaillissent des criques

Comme autant de festons entraînant vers le ciel 

Les plages de Crimée 

Mes souches ordinaires

 

Et la timbale d’or d’un soleil prophétique

 

 

Sylvie Méheut

 

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Naissance du vertige

Publié le par Sylvie Méheut

Ô ventre moissonneur

Églantine de sang

La pulpe du matin sur la grève cressonne

Et la brume au lointain farouchement siphonne

Au seuil des laminaires la coiffe des brisants

 

Les îles s’alanguissent

Les corps en font autant

L’amour suspend l’esquisse des gestes ancillaires

Ô ventre moissonneur de granit et de lierre

 

Dans l’antrière bleue les mots roulent celtiques

Ô ventre moissonneur

Offre-moi la rythmique

Le lent crépitement des fenaisons de feu

Où suinte singulière la sève liturgique

La lave du jusant

La caresse des dieux

 

Puis, surnaturellement

Dans un jet de silice

L’effleurement des âmes

 

Sur un lit d’outre-cieux

 

 

Sylvie Méheut

 

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IN FINE

Publié le par Sylvie Méheut

Soy el Albatros que te espera en el final del mundo

Sara Vial

 

Quand je ne serai plus que l'aube de moi-même
Et que toi mon ardent tu pleureras mes jours
Comme pleure la mer en enlaçant la plaine
De ses bras ensablés où s'enlise l'amour

Quand je ne serai plus que l'écho du silence
Et que toi mon ardent tu chanteras mes jours
Comme chante la mer quand le vent ensemence
Les quatre voies nacrées du voyage au long cours

Quand je ne serai plus que l'idée de moi-même
Et que toi mon ardent tu penseras mes jours
Comme pense la mer aux longs sanglots d'ébène
Lorsque la nuit distraite enfante son retour

Je serai le sais-tu ta douce démesure
Cet indolent frisson que le vent mènera
Au parvis siliceux d'une aurore si pure
Où notre amour enfoui à jamais fleurira

 

Sylvie Méheut

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Impressions du soir

Publié le par Sylvie Méheut

La palette du soir embaume le jardin

Le préau se prélasse et une lune tendre tend son catogan d’or aux forges de Vulcain

Demain s’en reviendra tanguer sur les ardoises

Demain s’en reviendra comme s’en vient demain, corroyant l’Orient et remembrant l’armoise de son stylet d’étain

 

Sur nos fronts de faïence, le silence s’appose et carambolent roses les virgules du temps

Vois cet instant fugace où le voile se tend

Ce souffle sur la plaine comme un affleurement, il semble désigner des hyménées suprêmes où les âmes s’enchaînent inexorablement

 

Que vienne le Léthé lécher nos veines folles et que nous y trempions nos regards bleu turquin

Et qu’un prime soleil lisse de sa couronne la toge du chemin !

 

Mais sur les cannelures orangées des lucarnes, déjà la nuit s’ébroue, noire de vacuité

Nous rentrons à pas lents sous le préau d’opale, ivres d’éternité

 

 

Sylvie Méheut

 

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L'ébloui

Publié le par Sylvie Méheut

Je ne sais d’ici que le lent ravitaillement des heures 
Et le chant incessant écharpant le silence
Je ne sais d’ici que l’ongle des sentiers qui écosse la plaine
Et la mer au lointain qui lisse ses bas bleus
La paresse des îles
Le rouet de tes yeux
L’indolence des palmes
L’insolence des cieux

Tu es cet ébloui revenu du silence
Tu es ce murmuré dans le soir silicieux
Tu as repris l’espace comme on reprend la chance
Avec au cœur l’espoir d’un ultime voyage
Tu es cet ébloui qui se joue des naufrages

Tu me l’avais promis
Le bonheur s’est posé

Le bonheur s’est posé
Comme une sentinelle
Il a franchi le gué
Il a passé le feu
Et retroussé là-bas l’étang aux tourterelles

Les jours sont devenus patients

Dans son écrin d’azur
La mémoire se prélasse 
Pas un souffle de vent 
Aux jupes des terrasses
J’entends battre ton cœur
Au poignet du printemps

Je ne sais d’ici que le lent ravitaillement des heures
Je vis à quelques pas du silence

Juste à hauteur d’oiseau

 

Sylvie Méheut 

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Le ciel consent toujours

Publié le par Sylvie Méheut

Le ciel consent toujours mon Amour

Il s’échevelle au vent

Comme la loge d’espérance

À la poupe du Saint-Géran

 

Juste avant l’orage mon Amour

Juste avant la somme de tous les naufrages

 

Je sais des cieux immémoriaux

Ravinés d’acanthes et d’écume

L’œilleton nacré de la lune

Remorquant de sombres vaisseaux

 

Je sais le sein de Virginie

Ceint d’un passement de lumière

L’Île d’Ambre implorant la mer

Arc-boutée sur l’infini

 

Je sais le sel de l’agonie

Délivrant les lèvres vermeilles

Quand l’inventaire vire à l’oubli

Sous l’estocade du soleil

 

Juste après l’orage mon Amour

Juste après l'ultime recours

 

 

Sylvie Méheut

 

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