Gibecière des ans
Ô douce ignominie
Léonine
Forestière
Convertie
Ne suis-je encore enfant
Sous la fermentation des choses
Une allée close
Un banc
Un vent de primeroses
Quelque brouillon que l’on dispose
Aux étendoirs bénéventins
Où l’ample figurine appose
Ses dimanches de sarrasin
Gibecière des ans
Ô tendre frénésie
Indulgente
Parmentière
Avertie
Vois ces jours de bonne lessive
Où le bonheur allait grand teint
Dissimulant sous sa camise
L’amour qui riait florentin
Vois ces Virgile impatients
Aux apostilles circonflexes
Dévorés magnifiquement
Sous la lampe dont il ne reste
Qu’un éclat sous un ciel sans tain
Gibecière des ans
Dame de compagnie
Limant aux coins des rues
Ses hanches alourdies
Lorsque partent aux nues
Ceux que l’on adorait
Tu deviens le refuge
Eternel et muet
Tu deviens le refuge
De ces heures passées
A chérir A chanter
Ces grâces pondérables
Qui dormiront encore
Au fond de nos cartables
Dont le cœur cordouan
Tisonne la pensée
A Georges Saint-Clair
Souvent je pense à vous quand le soir se repose
Défroissant au préau son voile d'organdi
J'entrouvre la fenêtre et au jardin la rose
Semble s'agenouiller au prie-Dieu de la nuit
A votre pupitre la chandelle s'éveille
Brodant pieusement son canevas de buis
Tandis que l'infini opacifiant la treille
Sanctifie tendrement l’étole de la pluie
L’heure courbe le front au cadran de l'église
Le jasmin languissant convoite le laurier
Le vent fébrilement soulève la chemise
Du temps qui se dégrise au rouet du clocher
A votre pupitre la chandelle s'affole
Décousant tendrement le houblon de la nuit
Tandis que l'angélus en amont de Loriol
Fantomatiquement réveille les semis
Souvent je pense à vous quand avril caracole
Et lâche son latin au jardin d'organdi
J'entrouvre la fenêtre et à midi l'école
Semble s'agenouiller au préau de l'oubli
Extrait d'Immanences, Ed Atlantica, 2009
