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Et tout disparaîtra

Publié le par Sylvie Méheut

Ernest Pignon Ernest

Ernest Pignon Ernest

 

Et tout disparaîtra dans un vent de merise
L’étang aux farfadets 
La palombière grise
Le grand ciel héliotrope revenu d’Erythrée 
L’arabesque des voix carrossant la vallée
Le casaquin de soie glissant sur la glycine

 

Et tout disparaîtra dans un vent de merise
Les fièvres alumines
La mâture du soir
La capitainerie
Le col du Saint-Gothard 
Et l’encens des collines

 

Et tout disparaîtra dans un vent de merise
Les caravelles d’or
Les secrets de Solyme 
L’essence purpurine des quarante aurores 
La mort aux lèvres fines 
Et le muselet saur des crêtes abyssines

 

Et tout disparaîtra dans un vent de merise


Et tout disparaîtra

La mort aux lèvres fines
Et le casaquin d’or des fièvres abyssines

 

 

Sylvie Méheut

 

 

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Il pleut sur la mer

Publié le par Sylvie Méheut

 

Ni mur

Ni frontière

Ni fêlure

 

À peine cette torpeur étrange

De ce qui va et qui n’est plus

Déjà qu’une ombre sur la Manche

Déjà qu’un vaisseau disparu

 

Et je suis là

Nue de t’attendre

Sur ce banc qui roule éperdu

Vers d’autres chants

D’autres silences

Ses fullerènes incongrus

 

Les vitrines ce soir se penchent

Lustrant les pavés caboteurs

 

De nos rêves avitailleurs

Restent les lèvres de septembre

Sur les zébrures de nos cœurs

 

Sur la rade le soir épanche

Ses épaules d’amareyeur

 

À l’horizon le matin penche

À l’horizon le matin pleure

 

Ni mur

Ni frontière

Ni douleur

 

À peine cette torpeur étrange

De ce qui va et qui n’est plus

Déjà qu’une larme à ma manche

Déjà qu’un vaisseau disparu

 

 

À Allain Leprest 

 

 

 

Sylvie Méheut

Extrait du recueil Le cercle de l'aurore, Monde en poésie éditions.

 

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Les flambeaux du soir

Publié le par Sylvie Méheut

 

 

À peine éveillée

Dans le soir froissé

L’étoile caresse

Les gerbières d’or

Où la lune encore

Savamment paresse

 

Sur le sémaphore

Roucoule et s’endort

Le violon des brumes

Sépulcre du jour

Où le soleil gourd

Pose son enclume

 

Les barques d’osier

Tendres fiancées

Vaillamment bâillonnent

D’un baiser de jais

L’océan défait

Où l’astre rayonne

 

Aux flambeaux du soir

Tout est illusoire

L'instant est suprême

Le ciel en rêvant

Abandonne au temps

L’éclat de sa traîne 

 

 

Sylvie Méheut

 

 

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L'arche

Publié le par Sylvie Méheut

© Francesco Zizola, In the same boat. 2016

© Francesco Zizola, In the same boat. 2016

 

Pris au filet de la nuit

Pris au collet

Errants candescents

D’un autre hémisphère

Offerts au sexe béant de la mer

Offerts à l’agonie

 

Si l’arche n’était venue

Ils seraient morts ainsi

Sous le mors écumeux de l’hiver

Et de leur frêle esquif

Ne resterait que l’ombre

L’ombre tapie sous l’onde

Aux sablons de l’oubli

 

Mais l’arche est apparue

Sous un ciel apatride

 

Mais l’arche est apparue

 

Retroussant le néant 

De son glaive impavide

Hissant jusqu’à son sein

Les lèvres éperdues

 

 

 

Sylvie Méheut

 

 

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L'andalouse

Publié le par Sylvie Méheut

 

Dès le premier frisson qui carmine l’aurore

Alors que dans le ciel quelque nuage mousse

Je vois parfois surgir d’une ravine rousse

Le regard assombri del Cid Campeador

 

Captive, je descends cueillir dans la vallée

Le jasmin qui déjà entête les feuillages 

Si je tendais le bras j’effleurerais Carthage

O Grenade je meurs sous le dard de l'été

 

Quel ardent balsamier embaumera ma source

Quel amant pleurera au pied de l’amandier 

Où vont les gynécées de la chaste cité

Quand s'enfuient du sérail les grives andalouses ?

 

L’alfange du soleil poinçonne l’horizon

La terre s’incline alors gominant les alpages

Soudain du fond des âges résonne l’olifant

L’algazelle s'en va loin des coursiers sauvages

 

Dès le premier frisson qui tisonne le soir

Tandis que dans le ciel quelque mirage passe

Je vois se profiler un étrange rapace 

Attisant le néant de son vif étendard 

 

 

Sylvie Méheut

 

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Au pays de ses sources

Publié le par Sylvie Méheut

© Christophe Charbonnel 

 

 

J’aimerais refleurir au pays de ses sources

Et n’être plus que mousse entre ses doigts de lierre

À son flanc de nigelle épingler mes bruyères

Veiller sur son sommeil comme une abeille douce

 

Voyeur ensorcelé par le parfum des mers

Voyageur intrépide emportant dans sa course 

Les farfadets de feu escortant la Grande Ourse

Et le corset d’onyx d’une abeille légère

 

Est-ce Venise au loin - Est-ce Constantinople 

Qui déjà se profilent sous le loup de l’été

Quand argentiquement le soir sur la jetée

 

Soulève nonchalant l'étole de Canope 

Et qu’une nef blonde la grand-voile dressée 

Glisse sur l’horizon comme une abeille morte

 

 

Sylvie Méheut

 

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Matines

Publié le par Sylvie Méheut

 

Ô doux leurre de l’alacrité

Ô mirage

Ô douleur des rives salées

Et des rivages

 

Quand la lune

Triste calebasse

Fuit

Effeuillant

Sur la dune lasse

Les néons tièdes

de la nuit

 

Quand la mer

Scolopendre d’or

Étale

Sur le verso blond

De l’aurore

Son châle

 

Quand la fériale volupté

Rose

S'immisce

 

Éveillant

D’un rai langoureux

Le lit nacré

Les lèvres bleues

 

Des lys

 

 

 

Sylvie Méheut

 

 

 

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Au creux de ta mémoire

Publié le par Sylvie Méheut

India Dream © Clo Hamelin

India Dream © Clo Hamelin

J’ai voyagé longtemps au creux de ta mémoire

Mon amour

J’ai navigué mille ans

Du portail antarctique 

Aux ombres granitiques des îles sous le vent

 

J’ai vu par ton regard

J’ai aimé par ta voix

Du Cap évanescent, l’impensable lumière

Des plaines de Crimée, la fourrageuse joie

Le charme singulier des matins albigeois

La vie qui s’évapore en grappes gemmifères

 

J’ai vu dans ton regard

J’ai aimé par ta voix

Des matins épicés, l’insondable mystère

Du berceau de percale, les élytres du temps

Les chants de Thessalie escortant le printemps

Un steamer sur le Nil, un soleil sur l’hiver

 

J’ai voyagé longtemps au creux de ta mémoire

Mon amour

J’ai navigué mille ans

Du portail antarctique 

Aux ombres granitiques des îles sous le vent

 

 

Sylvie Méheut

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Prédication

Publié le par Sylvie Méheut

Muette
Je me suis conçu des lèvres
Imperceptiblement
 
Aveugle
Je me suis inventé un regard adjacent
Délivrant ainsi les contraires
Et les livrant au feu
Sorcière n’exhumant que sa fièvre
Et le temps miséreux
 
La pensée qui portait
S’érige en abstinence
Et mes mots se font pieux
 
Les heures se dénudent
Aux fenêtres du temple
Le verbe gît sous toise
L’amour danse
Ailleurs Ailleurs Ailleurs
 
Le vin d’Iroise ne me réjouit plus
J’appréhende la méconnaissance et ses remous poisseux
Déjà je ne vais plus
J’avance
Longeant les murs des nuits poreuses
Aux instincts magnétiques
Aux lunes denses
Ces nuits-mêmes où tu allais si bleu
Ton printemps annoncé comme une transhumance
 
Muette
Je me suis conçu des lèvres
Imperceptiblement
Aveugle
Je me suis inventé un regard adjacent
 
Et c’est cet axiome rupestre
Qui te revient tremblant
En quête d’abnégation
De syntaxe
Et de vent

 

 

Sylvie Méheut

Extrait d’Immanences - Éditions Atlantica, 2010.

 

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Qu'importe

Publié le par Sylvie Méheut

Qu'importe


Qu'importe l'immanente lumière
Qui frappe la lucarne
Et ce goût de fougère
Qui roule sur les doigts

Qu'importe le matin clos
Et le soir qui s'ébat
Sur tes lèvres encloses

Si l'absence dépose
l'idée de ton regard

 

Sylvie Méheut 
 

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